20 mai 2006

Anamnèse

Toute à l'heure, j'avais pour projet de commencer enfin les révisions pour l'épreuve de littérature. En l'occurrence, "Le Procès" de Kafka et son interprétation par Orson Welles. Seulement, je ne sais trop pourquoi, j'ai ouvert cette petite maison d'osier qui se fait d'ordinaire si discrète sous les loupiotes, au chaud contre ma guitare dans un coin de ma chambre. Dans cette petite maison dorment toutes mes photos de classe et autres représentations de spectacles scolaires. C'est une petite moi déguisée en danseuse basque ou en dormeuse entourée de lapins, sorcières, chasseurs, ours et crocodiles... C'est une petite moi concentrée sur ses pas de danse classique, tenant la main de celle qui pour l'occasion était appelée "poupée". C'est une petite moi qui devient de plus en plus grande au fil des ans. Ses joues rondes fondent, ses cheveux sont plus longs à chaque fois. Elle porte des chaussures rouges à gros noeuds, des couettes ou des robes d'été, puis des Converse et sa jupe préférée. Elle a tantôt l'air rêveur, complice, serein... ou desespéré, comme sur cette photo qu'elle voudrait oublier mais qui témoigne trop d'une certaine période. Cependant c'est toujours la même. Elle a toujours l'air sérieux, mais souvent aussi un peu de mutinerie dans son sourire, de malice dans ses yeux. Elle est juste un peu différente, d'année en année. Mais c'est si naturel. Et si parfois celle d'aujourd'hui ne se retrouve pas sur des photos récentes, elle sait qui est la plus petite moi.
     La petite moi des photos sait aussi qu'elle n'oubliera pas ceux qui se tiennent à ses côtés; ses amis comme ceux à qui elle n'a jamais vraiment parlé, ceux de qui elle ne connaît en rien l'histoire. Ceux là gardent tout de même leurs petites caractéristiques, chacun laisse une petite trace. Volontaire -celui qui prend la pose histoire de laisser un imaginaire post-présence- ou non. Il y a celui qui grimace et celle qui à l'air de se dire "je suis la plus belle". Il y a celui qui ne vit que selon les lois qu'il s'est inventé. Il y a celui qui à cinq ans est déjà un dragueur de premier ordre. Il y a le premier amoureux, celui qui disait "elle roule les yeux comme une biche", il y l'amie d'enfance avec qui elle a fait les quatre cent coups, puis la ribambelle de copines. Il y a ceux à qui elle n'a jamais déclaré sa flamme, et puis les autres qui lui ont bousillé le coeur. Elle espère bien en rire dans quelques années. Il y a ceux qui se sont rendus irremplacables, et ceux qui resurgissent au détour d'une rue. Il y a le souvenir d'une classe, d'une école, d'une ville.
     Comme si tout était bien rangé dans cette vie.
     Elle se trouve au milieu de tout ça, et commence à savoir au bout d'un moment qu'elle n'est que de passage parmi eux et dans ce milieu. Mais elle sait aussi qu'elle gardera tout cela au fond d'elle. Sur ces photos, on ne perçoit pas vraiment ses aspirations, ses espoirs, ni même ses goûts. Elle ne porte pas de T-shirt Nirvana, elle n'a pas suivi la mode des baggies. On la sait réfléchie, on la devine un peu romantique ou romanesque, mais on ne sait pas vraiment. Elle transporte son monde dans sa tête. Et parmi ces gens qui l'entourent, certains ont pris les clefs d'accès. D'autres n'ont rien voulu voir, pas même le plus superficiel. A d'autres encore, elle a tout donné, mais ils n'y ont rien compris.
Ces photos ne sont pas réellement l'histoire de ma vie. Mais elles sont les témoins d'époques révolues qui m'ont construite. Et elles sont riches d'indices.

Posté par Exquises Excuses à 23:35 - Commentaires [5] - Permalien [#]


Commentaires sur Anamnèse

    Oui, mais...

    Comme dirait un ancien président le la République. C'est à dire, que le texte est, à mon humble avis, bon, mais...
    Je développe:
    Ce que tu dis, vrai.
    Petits hics (que Cicéron me pardonne): le passsage de la première à la troisième personne n'est pas forcément trop bien réussi au début. T'avais avec les caractères gras la possibilité de faire une séparation nette, comme à la fin. Au début, il y en a trop, du "je", et ça fait bizarre. Et d'ailleurs, tu brises la symétrie, l'équilibre, qui semblaient, à la lecture, tes objectif à atteindre.
    Sinon, je trouve le ton juste, sauf à certains moments où la recherche de l'effet (et une certaine auto-complaisance? Mais je n'en sais rien, de ta vie, hein...) rendent le ton un peu forcé...
    Tu dois te dire, Mystérieuse Inconnue, "Mais pour qui il se prend se crétin?" et tu as bien raison. Je me contente de donner mon avis, qui vaut ce qu'il vaut...
    Je crois voir dans ta prose une khâgneuse en germe (oui, il existe un style khâgneux, très caractéristique, que je n'apprécie pas outre-mesure, d'où ce commentaire plus ou moins précis!) et je me suis dit que c'est en pointant ces détails qui t'en rapprochent que peut-être je t'en éloignerai! Je sais, ça fait débile, mais quand on a lu des textes de camarades qui ont trop de points en commun, qui sont parfaitement identifiables, on n'a pas forcément envie de voir une Jeune Inconnue se diriger dans cette direction!
    Alors, t'as postulé pour quels lycées? Si c'est sur Paris, je pourrais, au cas où tu en aurais besoin et/ou le voudrais, te donner des "inside-infos" sur les profs, ambiances, etc...

    Posté par Dood, 21 mai 2006 à 11:58 | | Répondre
  • Merci pour ce commentaire constructif!
    Pour ce qui est des lycées, c'est très gentil à toi, mais tu ne pourras malheureusement pas m'éclairer dans la mesure où aucun des six ne se trouve sur Paris.

    Posté par ***, 21 mai 2006 à 12:57 | | Répondre
  • ARGH!

    "se crétin". J'accepte les 500 coups de bâton que je mérite.

    Posté par Dood, 21 mai 2006 à 13:15 | | Répondre
  • Mais non, mais non... On fera style j'ai rien vu...

    Posté par ***, 21 mai 2006 à 13:20 | | Répondre
  • [et personne n'a rien à te dire parce qu'on fait tous plein de fautes]

    Posté par ***, 21 mai 2006 à 13:21 | | Répondre
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